En 1967, Fiat lançait le coupé Dino, une
GT 2+2 au V6 de Formule 2 signée Ferrari. Cinquante-neuf ans plus
tard, nous la menons sur route pour mesurer ce que cache vraiment
cette fausse discrète.
Sous un badge Fiat, un moteur signé Ferrari : difficile de
trouver plus troublant pour une simple voiture
ancienne. En 1967, le constructeur turinois lançait le
Fiat Dino coupé 1967, un élégant 2+2 qui cachait
sous son long capot un V6 directement issu de la course, un bloc
pensé pour les monoplaces de Formule 2.
Il y a 59 ans, cette « petite Ferrari » à prix Fiat débarquait sur
les routes avec une promesse simple : offrir les frissons d’un
moteur de compétition dans une GT utilisable au quotidien.
Aujourd’hui, on remet les mains sur le volant de ce essai
Fiat Dino Coupé pour voir ce que vaut vraiment ce mélange
de raison et de passion, sans occulter ses compromis bien
datés.
Fiat Dino Coupé 1967 : un V6 de course pour une GT de grande
série
À l’origine, tout part d’un problème très concret pour Ferrari.
Pour engager son nouveau V6 en Formule 2, la firme doit
l’homologuer en construisant un certain nombre de voitures de
route. Elle crée alors une « sous-marque », baptisée Dino, avec un
coupé à moteur central et ce fameux V6.
Ce modèle très exclusif reste coûteux et radical, sa diffusion ne
permet pas d’atteindre les cinquante exemplaires requis pour
l’homologation, et Ferrari se tourne vers Fiat pour donner de
l’ampleur au projet.
Fiat accepte de produire deux modèles avec ce même V6
Dino, vendus environ 42 % moins chers que le coupé Dino
d’origine. Le Spider est confié à Pininfarina, dans un style très
sensuel, puis quelques mois plus tard arrive le coupé 2+2 dessiné
chez Bertone, attribué à Giorgetto Giugiaro. Le carrossier reprend
de très près la silhouette du coupé Asa 1000 GT, avec un profil
fastback très tendu. Environ 80 % des Fiat Dino produites seront
des coupés, soit plusieurs milliers d’exemplaires, ce qui en fait
le principal vecteur de diffusion de ce moteur de course sur route
ouverte.
Moteur V6 Dino : une mécanique Ferrari au caractère bien
trempé
Sous le capot du premier coupé, on trouve un V6 de 2 litres,
tout sauf banal. Il adopte deux doubles arbres à cames en tête et
trois carburateurs double corps pour tirer 160 ch d’une cylindrée
de 1 987 cm³, avec la puissance maximale perchée à 7 200
tr/min et une zone rouge qui commence vers 8 000 tr/min.
Pour l’époque, le rendement est spectaculaire. Le couple n’arrive
vraiment qu’à 6 000 tr/min, ce qui laisse un moteur assez sage sous
3 500 tr/min, puis de plus en plus enragé à mesure que l’aiguille
grimpe.
Dans des notes aiguës typiquement italiennes, ce V6 exprime une
joie de vivre communicative, d’autant que la
boîte manuelle à 5 rapports, malgré un levier parfois rétif,
s’accorde bien avec ce tempérament. Sur le 0 à 100 km/h, le coupé
2.0 tourne autour de 9 s, un niveau très solide à la fin des années
1960.
En 1969, Fiat fait évoluer la voiture avec une version 2,4
litres, toujours avec quatre arbres à cames et carburateurs, mais
portée à 2 418 cm³. La puissance passe à 180 ch, atteints dès 6 600
tr/min, et le couple augmente nettement. Le caractère
devient moins extrême, plus rond, avec une meilleure disponibilité
à mi-régime, ce qui favorise la souplesse au quotidien.
Cette évolution s’accompagne d’un changement majeur de châssis : le
pont arrière rigide des 2.0 laisse place à des roues indépendantes,
dérivées de la grande Fiat 130. Le poids progresse, autour de 1 380
kg, mais l’agrément global y gagne, la voiture se rapprochant
encore davantage de la grande routière rapide que de la sportive
pure et dure.
Un V6 Ferrari au caractère
bien affirmé
Face à ce pedigree, on pourrait
attendre une sorte de Ferrari brutale cachée derrière un écusson
Fiat. La réalité est plus nuancée. Sur le 2.0, les
1 260 kg annoncés,
élevés pour les années 1960, émoussent la fougue du
V6 Dino à bas
régime. En dessous de 3 500
tr/min, les relances manquent de mordant, surtout en
rapport élevé. Dès que l’on dépasse ce cap, le moteur change de
visage, grimpe avec rage jusqu’à la zone rouge et transforme le
coupé en GT très
vive, portée par une bande-son presque hystérique.
Le train arrière à pont rigide
montre alors son âge, avec un guidage assez passif et des réactions
un peu sautillantes sur mauvais revêtement, là où la
2.4 à suspension
indépendante paraît plus homogène et plus sereine. Les
quatre
freins à disques offrent un niveau de décélération sérieux pour
l’époque, mais la voiture invite davantage à un rythme coulé qu’à
l’attaque permanente.
À l’intérieur, le coupé 2.0 se
distingue par une planche
de bord très originale, avec des galbes inattendus et des
compteurs disposés de façon surprenante, au charme intact
aujourd’hui. Fait étonnant pour une sportive de cette époque, la
voiture est présentée comme le premier modèle au monde à proposer des dossiers arrière
rabattables séparément, un détail pratique qui renforce
son rôle de vraie 2+2.
Cote, rareté et points à
surveiller avant l’achat
La 2.4 perdra cette planche de bord très
typée au profit d’un dessin plus classique. Sur le marché
actuel, le coupé reste la porte d’entrée la plus « abordable » à ce
moteur Ferrari : il cote environ moitié moins qu’un Spider
équivalent, et près de dix fois moins qu’une Dino 206 GT badgée Ferrari. On
trouve des coupés en bel état autour de 50 000 à 60 000 €, selon la configuration
et l’historique, ce qui en fait encore une GT de connaisseur plutôt
qu’une star des ventes aux enchères.
Avant de craquer, mieux vaut
rester attentif à quelques points sensibles :
-
La corrosion de la
coque (bas de caisse, passages de roues, longerons) et la
qualité d’anciennes réparations. -
L’état du V6
Dino, très coûteux à refaire, ainsi que la présence d’un
suivi d’entretien détaillé. -
Le pont arrière des
2.0, qui peut prendre du jeu, ainsi qu’une boîte de
vitesses parfois capricieuse. -
La complétude de
l’intérieur et des éléments de carrosserie, souvent plus
difficiles à retrouver que les pièces mécaniques communes.
Avec son moteur d’origine Ferrari,
son style signé Bertone et sa diffusion relativement
confidentielle, le Fiat Dino Coupé reste aujourd’hui l’une des
façons les plus singulières d’accéder à l’univers du cheval cabré
sans porter le blason Ferrari sur le capot.
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