L'histoire de l'autodrome de Linas-Montlhéry

Quand les répliques sèment la zizanie sur le marché (information presse)

Construites dans de très faibles quantités, certaines voitures de collection se cèdent à plusieurs millions d’euros lors de prestigieuses ventes aux enchères. Dans la foulée de leur production, et parfois plusieurs décennies plus tard, des répliques plus ou moins sérieuses ont proliféré. Bien plus abordables, elles peuvent induire en erreur des acheteurs pas toujours informés des spécificités de ces refabrications. Car si rien n’interdit à des spécialistes de produire des Cobra avec des moteurs V6 PRV, ils doivent le faire dans les règles de l’art. Le constructeur français PGO Automobiles s’est ainsi fait un nom dans la fabrication de répliques homologables, aujourd’hui négociées entre 60 000 et 120 000 euros pour le roadster originellement pensé par Carroll Shelby aux Etats-Unis. D’autres, notamment au Royaume-Uni, y vont également de leurs réinterprétations plus ou moins fidèles. Et c’est au moment de l’importation que cela peut coincer.

« Une bonne réplique, c’est une réplique qui a les bons papiers », martèle ainsi Benjamin Déchelette, le co-fondateur de l’importateur Bourgogne Auto Classic, spécialisé dans les Shelby Cobra et Ford GT Replica. « Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai été appelé par des acheteurs coincés au moment de l’immatriculation d’un exemplaire. Il faut beaucoup de pédagogie pour leur expliquer les rouages du système », poursuit-il auprès de Décision Atelier. Les services d’homologation ne considèrent pas les répliques selon l’année de fabrication du modèle qu’elles recopient, mais bien selon leur date de production. Celle inscrite sur la carte grise fait foi. Ainsi, une Cobra construite par la marque britannique BackDraft en 2001 sera traitée par les services spécialisés de la même manière qu’une Citroën Xsara Picasso. « Une voiture de 2001 sans pot catalytique, avec des échappements latéraux et un carburateur… Cela ne passe pas l’homologation chez nous », rappelle Benjamin Déchelette.

Réplique Cobra par JCF 1992

Être attentif aux moindres détails des annonces

Quelques minutes passées sur Leboncoin donnent un aperçu du phénomène. Nous pouvons, par exemple, trouver une annonce marquée « Ac cobra 427 superformance », proposée à 145 000 euros et située à Paris. Dans la description, le vendeur ne parle pas de réplique mais appose que la voiture a été « construite sous licence Carroll Shelby », qu’elle dispose d’une « carte grise française normale à [son] nom » et qu’elle a « été homologuée dans les règles des lois en vigueur » (sic). Nous décidons de la transmettre à Bourgogne Auto Classic. Son co-fondateur tique d’emblée sur quelques points : « La Cobra est marquée comme étant de 1969, mais c’est impossible. Superformance fabrique des répliques depuis 1995, elle n’a donc pas 56 ans. La marque avait effectivement la licence Carroll Shelby, mais la réplique est probablement bien trop récente pour être en conformité. »

Si la Cobra avait été faite par Superformance en 1969 – bien que le fabricant n’existait pas encore –, elle disposerait très probablement d’une carte grise collection, délivrée par la Fédération française des véhicules d’époque. « La FFVE fait un remarquable travail pour protéger les collectionneurs, elle n’accorderait pas le certificat à une réplique produite après 1995 et se faisant passer pour une bien plus ancienne », complète le spécialiste. Ce n’est donc pas surprenant que le roadster en question, bien que particulièrement beau sur les photos, possède une carte grise classique. Il est, en revanche, surprenant que la voiture puisse passer le contrôle technique alors qu’elle est censée être en conformité avec les normes valables lors de sa véritable année de production. La procédure d’homologation des véhicules a, justement, été considérablement durcie en fin d’année 1995, jusqu’à être « sept fois plus sévère qu’en 1994. »

Ne pas se perdre sur le marché des enchères

Faisons un tour du côté des ventes aux enchères. Chez le reconnu Artcurial, très peu de modèles Shelby ont été présentés. Il y a bien cette « réplique de qualité » reprenant une Cobra de 1966 et signée Street Beasts. Sans date réelle de construction affichée sur l’annonce, elle a été adjugée 67?944 euros en novembre 2014. Artcurial a néanmoins fait sensation avec une AC Cobra 427, réalisée par l’Anglais Brian Angliss en 1968 sur la base d’un authentique châssis pour volant à gauche. Elle a été adjugée 399?320 euros à Rétromobile en 2020. De son côté, Aguttes a présenté une Shelby Cobra 289 FIA Continuation, marquée de 1964 et vendue 225 000 euros. Bien réalisée par Shelby American, elle est en réalité issue de la série CSX7000 produite en… 2014. Si sa rareté est indéniable, ce modèle a tout juste une dizaine d’années.

1968 AC Cobra 427 réplique par Brian Angliss

Privilégier les répliques de spécialistes historiques

Le phénomène de la réplique ne se limite pas qu’aux Shelby. Et ce n’est pas une mauvaise chose pour Matthieu Lamoure, le directeur de la maison Artcurial Motorcars : « Une réplique offre les mêmes sensations de conduite, l’histoire en moins. C’est une bonne alternative quand on n’a pas 4 millions d’euros à dépenser pour une authentique Jaguar Type C. » Le commissaire-priseur plaide pour une législation spécifique aux répliques fabriquées par des spécialistes. Il cite notamment Lynx Motors, qui recréé des Type C sur des châssis de Jaguar XK120, adoptant un moteur préparé de ce modèle. Les papiers sont donc aux noms et dates du châssis originel, et pas de la réplique. « L’immatriculation est souvent plus compliquée pour celles faites de A à Z, sauf pour les vrais fabricants. Les répliques Apal de 356 sont immatriculées au nom du constructeur belge », souligne-t-il.

Il est d’ailleurs relativement courant que des répliques intègrent des cartes grises faussées, obtenues jusqu’en 2017 – année du durcissement des contrôles administratifs à l’immatriculation – auprès de fonctionnaires corrompus. Nous parlons ici de modèles marqués « Ford Cobra » sur le précieux document, alors que seuls Shelby et AC ont produit des Cobra authentiques. Des fraudes pouvant coûter cher au nouveau propriétaire, victime ou non de la supercherie, lors de l’acquisition. Pour rappel, le constructeur Shelby American n’a fabriqué que 1 002 exemplaires de Cobra entre 1963 et 1967, année de la faillite. Les modèles originaux se négocient entre 900 000 et 5 millions d’euros. Dans le même genre, certaines refabrications de Porsche 356 sont immatriculées en tant que Volkswagen Coccinelle. « Lorsque le constructeur de la réplique se base sur le châssis d’un autre modèle, il conserve la carte grise de la voiture d’origine », explique Matthieu Lamoure.

Lynx Motors Jaguar C-Type Replica

L’origine du châssis comme élément déterminant

Depuis sa création en 2019, la société Bourgogne Auto Classic n’a jamais vu passer de véritables Shelby Cobra ou Ford GT. Elle a pourtant importé, et immatriculé en carte grise collection, près d’une centaine de répliques fabriquées par Shell Valley, Everett-Morrison ou encore E.R.A. « Nous avons répertorié une douzaine de fabricants de répliques, principalement aux Etats-Unis. Il faut bien noter que la première réplique de Cobra date de 1975. Le but n’est pas de travailler avec des modèles ayant tout juste 30 ans. Ils seront bloqués au contrôle technique, peu importe qu’ils aient la validation de la FFVE, qui n’accepte d’ailleurs les répliques que depuis 2014 », complète Benjamin Déchelette. Lui s’intéresse aux modèles plus anciens, avec des V8 Ford ou le smallblock Chevrolet 327. Autrement dit, pas question pour l’importateur de viser des répliques faîtes par Pilgrim, BackDraft, Superformance ou Kirkham.

Véritable spécialiste des Shelby Cobra, connaissant des spécificités à faire blêmir les experts automobiles reconnus, le co-fondateur de Bourgogne Auto Classic tient néanmoins à saluer le travail d’autres importateurs travaillant dans les règles. Il cite notamment le Garage Hotel – Iconic Cars de Vallauris (Alpes-Maritimes), s’étant fait un nom dans l’importation de Cobra et de GT40 remises au goût du jour. Comprenez ici qu’elles sont aux normes modernes ; avec notamment le moteur V8 LS3 à injection, conçu en 2008 pour la Chevrolet Corvette. Il est même possible d’acheter une réplique possédant le quatre-cylindres Honda Performance Development 2.0L turbocompressé, que l’on retrouve sur la Civic Type R. « Il y a d’impressionnantes modifications. Cela permet leur homologation, avec paiement du malus écologique en vigueur. C’est une autre philosophie », constate avec respect Benjamin Déchelette.

Réplique Apal 356 Speedster de 1983

L’homologation se charge du tri

D’après les estimations de l’importateur, entre 70 et 90 % des répliques de Cobra mises en vente sur Leboncoin sont frauduleuses. Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas en règle sur le papier, mais seulement qu’on pourrait remettre en question leur légitimité en creusant. Benjamin Déchelette doit parfois se battre avec des experts pour en témoigner : « j’ai déjà vu des rapports honteux. » Au final, chaque réplique est faite à la sauce des répliqueurs. Certaines sont réalisées avec moins de soin que d’autres, mais c’est avant tout l’honnêteté de leur homologation qui change la donne. Un simple coup d’œil sur la carte grise actuelle suffit souvent à se faire une idée. Les authentiques et répliques officielles sont marquées « Shelby American Cobra » ; une frauduleuse pourrait afficher « Ford Cobra » ; quand une réplique de qualité est toujours marquée du nom du véritable fabricant. Et avec, surtout, sa bonne année.

Réplique de Cobra par Shell Valley de 1986

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Assurance et entretien : guide complet

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Participer aux salons : ce qu’il faut savoir

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Guide pour comprendre le marché des autos de collection

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Le choix du modèle : critères à considérer

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